Le parfum des lys dans l'air lourd de la chambre. C'est un matin de printemps plein de chants d'oiseaux et de rayons de soleil. C'est un matin de mélancolie.
Les lys sont dans le vase, sur la tablette, au-dessus du bureau. Ils me regardent de haut, les lys rosés, et leur parfum lourd dans l'air lourd... Ma tête est douloureuse, j'ai trop bu, j'ai trop fumé. Mon visage est grise ce matin, les lys sont rosés, le soleil jaune pâle, la lumière est blanche et moi je suis gris. Eteint.
Les lys s'ouvrent les uns après les autres. La reine me les a offerts, en célébration de quelque chose que pourtant je voudrais oublié. Je regarde les lys et ma tête est comme leur corolle: irrémédiablement attirée vers le bas, vers le sommeil. L'air est lourd de leur parfum lourd et ma tête lourde tombe dans un sommeil profond.
Je rêve de la Reine. Elle m'a offert ces lys pour racheter mon coeur. Celui qu'elle a dédaigneusement jeté par-dessus son épaule un soir que je préfère oublier. Un soir que j'oublie chaque soir dans l'alcool aux vapeurs entêtantes. La Reine m'arrache mon coeur avec ces fleurs empoisonnées. Maudite, maudite, je crois que je ne t'aime plus pourtant, mon coeur est encore entre tes mains et tu le tords en tous sens.
Je crois que je vais vomir.
Je me réveille au soir. Les lys rosés sont toujours là, face à mon lit. Ils me fixent de leurs pétals lourds. Ma tête est encore lourde. L'air du soir est frais, pourtant la mélancolie est encore là. PLus forte. Plus pesante. J'ai mal, mal à la tête. Le parfum des lys se mêle à celui de l'alcool, il danse dans la fumée de la cigarette comme un pantin grotesque, il me fait des grimaces. Il tourne autour de moi en se moquant, il ricane et s'infiltre au plus profond de mes poumons. Alors je bois, je bois pour oublier la Reine et ses fleurs, la Reine et ses promesses fleuries qui se flétrissent au premier orage.
Elle m'a empoisonné, le Parfum tourne et j'ai peur, je ferme les yeux mais il reste en moi! Je souffle de toutes mes forces mais il est au chaud dans mes poumons et continue de me jouer des tours! Je crie, je me débats, mais il s'insinue jusque dans mon coeur et le touche plus mortellement qu'une flèche... Les lys empoisonnés rient et la bouteille vidée échappe à ma main tremblante. Je retombe sur le lit, en proie à des délires incroyables puis le Parfum est emporté au loin par le vent du soir et je reste là, étendu, saoûlé par tant de souvenirs inhalés, drogué jusqu'au plus profond de mes os.
Ma tête lourde du Parfum lourd tombe vers le sol et je me fane. Je perds mes pétals, il ne reste qu'un parfum. La Reine a eu raison de moi. Le petit jour se lève sur les lys paisibles et mon désespoir s'assoupit.

Mélancolie, Mélancolie, maudite Reine
Tes fleurs dégagent des parfums empoisonnés
Parfums de souvenirs et lourds relents de peines
Des lys, délices oubliés, un glas sonné
Maudite Fleur, maudite Fleur de mes délices
Abandonné, empoisonné, paré de chaines
Tu ris de moi, cachée dans le parfum des lys,
Joues avec moi, avec mon coeur, avec mes veines
Où tu coules, que tu ouvres et que tu draines