Je suis venu pleurer sur ton épaule, lecteur, si tu n'es pas lassé. Si tu as le temps pour ça. Si tu en as l'envie.
Je suis venu pleurer sur ton épaule, parce qu'il y a des jours comme ça. Des jours où rien ne va. La tête lourde des migraines et pas d'inspiration. Je suis venu pleurer cette année qui s'achève, ma dernière année d'enfant, je suis venu pleurer mon dernier noël d'enfant, je suis venu pleurer mon dernier jour de l'an de gamin.
Je suis venu pleurer parce que je me sens abandonné jusque dans ma moëlle.
Je sais, je sais, ma vie ce n'est pas passionnant. Mais j'ai besoin, tu vois. Je n'ai plus personne à qui la raconter. Dimanche soir de vacances où Meilleure Amie est indisponible, et les autres...
Les autres font leur blog tous ensemble, les autres préparent des soirées où personne ne m'invite, parce qu'après dix-huit heures les jours de cours je n'existe plus. Ils font leur délires tous ensemble, le mien est solitaire, mon délire est sombre et il a des odeurs de tabac froid, mon délire est dur comme le goudron gelé où je me suis allongé le temps que ça passe, cette boule dans ma gorge.
C'est ma dernière année d'enfant et je pleure la perspective d'un trente-et-un décembre seul entre quatre murs, à réviser mon code. C'est mon dernier noël et jamais je n'ai été aussi triste. Même l'Ex m'a laissé seul à seul avec les posters et ce putain de reflet dans le miroir.
je me sens pathétique jusqu'à la moëlle et je me hais.
Je pleure sur ton épaule, lecteur, pardonne-moi. Je vais tremper ta chemise. Il y a longtemps que je n'ai trempé la chemise de personne. En philosophie on m'a dit "la vraie amitié ne se voit que dans les coups durs". C'est un coup dur, je ne vois que mes larmes. Où êtes-vous partis? Où emmenez-vous nos fous rires? Pourquoi venez-vous en tous à me préférer quelqu'un d'autre? Je voudrais pouvoir être une personne importante pour quelqu'un. Je suis égoïste. Je ne veux plus d'amour à sens unique. Est-ce moi qui aie commis la faute?
Je sais que c'est idiot, lecteur. Les seuls concernés par ce message ne viendront jamais sur ce blog, car, même s'ils en connaissent l'existence, pas un seul ne m'en a jamais demandé l'adresse. Je ne suis jamais assez haut dans leurs classements pour avoir droit à mon nom dans leurs favoris. Je m'arrête au "joyeux noël" à la sortie des cours.
Je suis désolé lecteur. Je n'avais que mes ruines où déposer ma solitude. C'est qu'elle est bien trop lourde et qu'elle m'opresse. Parfois, à la lumière de la lune, je regarde les cicatrices sur mes bras et je pense à quel point j'ai été bête de penser que la vie avait repris ses droits. Je ne courerai jamais aussi vite que tourne la terre. Toujours je retrouverai le jour mais je finirai sans cesse par me faire rattraper par la nuit.
Et tu sais, lecteur, parfois, à la lumière blafarde de la lune, mon ongle rêve encore d'écarter les lèvres trop pâles de mes plaies.
