Je veux, mon amour, je veux le sommeil, l’interminable sommeil de ceux qui ne craignent pas d’avancer paupières closes. Je veux le soulagement, l’infini soulagement de ceux qui n’ont plus rien à penser et peuvent se permettre tous les rêves du monde.
[je suis un de ces héros tragiques, avec la conscience du silence inéluctable qui mettra fin à tous les mots même indicibles]
Je veux, mon ange, je veux le pays de merveilles qui nous appartiendra à tous même à ceux que le monde a craché hors de lui. Je veux la quiétude, l’incroyable quiétude de ceux qui peuvent lever la tête sans craindre de mettre le pied dans un trou d’obus.
[je suis ce héros tragique, amant du Soleil marié à la Nuit, avec la conscience du vide qui déchire au creux de moi]
Je veux, mon imortel[le], je veux danser comme ceux qui ne sentent que le sang battre à leurs tempes et non le temps qui creuse leurs faces en canaux draineurs de larmes éclaireuses de la route qui retourne à la terre.
Je veux cesser de vouloir, de toujours vouloir à la fois creuser le sol et nager dans le fleuve;
à la fois m’élever vers toi, vers le désir de toi et de ton monde vif, et à la fois marcher au plus profond du monde des humains, désincarné, pour en saisir le Mystère.
[je suis ce héros écartelé entre Toi et le monde, aime-moi à m’en détruire]
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