Dis...
Dis, tu m'écoutes?
Je suis épuisé. Crevé, vidé de mon sang. Ce n'est plus que de l'angoisse qui coule dans mes veines, tu sais? De l'angoisse épaisse qui bouche mes artères et me laisse flasque.
Ce n'est plus que de l'angoisse qui coule dans mes veines et j'ai un moteur à explosion à la place du coeur, un truc qui s'emballe trop vite et qui se calme mal, quelque chose qui fait cents tours par minutes et se lance pour un rien.
Ce n'est plus que de l'angoisse visqueuse qui alimente cette machine et mon cerveau affolé me trouve sans cesse de nouvelles maladies, de nouvelles façons de mourir avant d'avoir accomplit les choses qu'il me reste à faire.
Il y a comme une douleur à gauche dans ma poitrine, il y a comme une drôle de douleur derrière mon oeil, au fond de mon oreille, il y a comme de drôle de trucs qui claquent au fond de moi, je risque l'arrêt cardiaque, l'accident vasculaire cérébral, une tumeur ici ou là et pourquoi pas la méningite, qui sait?
Ce n'est plus l'angoisse visqueuse qui me fait bouger, je l'avale en tartines au petit-déjeuner, je la bois, je l'inspire et surtout je la crée, jusqu'aux paniques ultimes où je me crois paralysé.
Je veux sortir de là, je t'en prie.
Je veux cesser de me voir mourir à chaque instant.
Dis-moi pourquoi toujours ces pensées-là, dis-moi, donne-moi des réponses là où je ne vois pas. Trouve-moi un chemin, une bande d'arrêt d'urgence, soigne-moi autrement qu'avec des pilules chimiques et des ampoules de magnésium.
Je veux cesser de me voir mourir à chaque instant
L’été est là depuis quelques semaines à peine,
Peut-être quelques jours
Et tout le printemps nous l’avons espéré
Avons tirés des plans,
Avons fait des projets,
Avons répété en chœur le doux nom de Juillet
« Quand nous serons grands » , « Quand nous serons grands »
On disait
Est-ce que nous sommes grands sous le soleil de Juillet
« Quand nous serons grands » , « Quand nous serons grands »
Et on patientait
Je ne suis pas sûr d’être à ma place dans le monde de Juillet
Et regarde autour de toi, nous marchons
Sur des branches mortes déjà
Et regarde autour de toi, nous marchons
Parmi les fruits trop mûrs et les feuilles qui jaunissent
Nous étions grands avant
Et regarde autour de toi, à l’horizon
Derrière Août et sa sagesse, Septembre déjà
Et regarde autour de toi, nous marchons
Sur des branches qui craquent sous des feuilles qui tombent
Nous ne serons pas grands
Et regarde autour de toi, nous allons
Nous perdre dans l’automne qui se moque de nous
Et regarde autour de nous, ils nous ont
Trompés: l’été est bien plus court, et déjà entamé
Nous sommes vieux à présent
Et les branches qui craquent comme hymne funèbre
Et les feuilles jaunes couleur de trahison
Nous tissent un grand manteau Été morte saison
Et la pluie accompagne notre hymne funèbre
Et le vent qui hulule pour toute cohorte
Le ciel est déjà gris aux murs de la Raison
Et les oiseaux massés reprennent l’Oraison
Sous nos pas condamnés chantent les branches mortes
Quand ils ne me regardent pas je fais des choses étranges
Je pique des plumes dans la coiffure que j'arrange
Moi qui jamais ne peigne mes cheveux trop long
Quand ils ne me regardent pas je couds des robes de princesse
Et vers trois heures du matin sous l'oeil de la Lune maîtresse
Je maquille mes yeux hagards comme une petite fille
Dois-je m'inquiéter pour cela?
Dois-je venir me déclarer au comptoire de vos angoisses?
Dois-je encore me ranger dans la boite d'échecs
Entre le Cavalier et la Reine
Entre la Reine et le Cavalier
Je troque souvent l'Epée pour la Rose
Dans le secret de mes nuits sans fin Je
Me noie dans le parfum Et je
Savoure la douceur des pétales
Dois-je m'inquiéter pour cela?
Quand ils ne me regardent pas je fais des choses étranges
Je fais courir ma lame là-haut sur les plumes des Anges
Moi qui ne crois à rien et surtout pas au Ciel
Quand ils ne me regardent pas je croise le fer avec des dragons
Et vers quatre heures du matin sous l'oeil d'un premier rayon
J'admire le dessin de mes muscles tachés de sang
Dois-je m'inquiéter pour cela?
Dois-je venir me déclarer au comptoire de vos angoisses?
Dois-je encore me ranger dans la boite d'échecs
Entre le Cavalier et la Reine
Entre la Reine et le Cavalier
Je troque souvent la Rose pour l'Epée
Dans le secret de mes petits matins Je
M'étouffe dans le sang Et je
Savoure la dureté de ma lame
Dois-je m'inquiéter pour cela?
Dois-je m'inquiéter pour cela?
Dois-je m'inquiéter pour cela?
Dois-je continuer de m'inquiéter pour cela?
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