Quand elle sera partie quand il n'y aura plus que son ombre au plafond pour faire battre ce cœur ... Quand elle sera partie quand il n'y aura plus … Quand des âmes inquiètes traceront leurs contours sur vos paupières closes qui seront bien trop lasses … Quand ces mêmes paupières n'auront plus le goût de s'entrouvrir … Quand vous irez gésir au bras de son absence, quand elle sera partie retirant les forêts, laissant place aux marées qui vous dépasseront … Vous lancerez aux cieux des questions furibondes, vous hurlerez et puis vous vous résignerez, puis quand vous n'aurez plus qu'un immense coma, un désert où errer sans repos ni éveil, et quand vous n'aurez plus que vos nuits pour pleurer et vos jours pour partir ...
Pourquoi certains fantômes reviennent-ils vous hanter ces soirs, dans certaines périodes de la vie où toute souffrance, tout doute, tout malaise qui saisit à la gorge au réveil a un affreux goût de déjà-vu. Pourquoi se manifestent-elles, ces étranges qui vous ont, par mystère, ouvert plus d'une fois le cœur en deux, pourquoi se manifestent-elles à ce moment précis où votre dame vous transperce de lames sans nom, déchire sans répit de ses yeux de forêt où vous vous êtes égaré. Pourtant vous aviez promis de faire attention, de ne pas vous éloigner, vous aviez laissé des traces mais les corbeaux ont tout dévoré, vous mentiez à votre face, avouez-le, et maintenant payez-en le prix, maintenant qu'elle va se retirer, vous laisser dans le vide, emmener les fleurs et les bêtes sauvages, les chênes centenaires et les papillons, vous laisser dans un désert sans sable, sans eau et sans ciel, et il faudra vous battre pour en sortir, à moins que vous n'en sortiez pas. Et elle rejoindra la cohorte des âmes qui errent à l'arrière de votre crâne, à vous qui n'aurez plus que vos nuits à crier et vos jours pour dormir …
Que sont-elles qui reviennent avec leur quota de douleur, leurs souvenirs qui ne tarissent pas et leur mémoire qui ne veut pas flétrir. Que sont-elles, ces âmes aliénées avec leurs vieux éclats qui ne veulent pas ternir, des miroirs où « je » reste prisonnier, identité que vous ne fuirez pas. Que sont-elles avec leurs mains tendues absurdes, que sont-elles avec leurs drames, vos drames, ces drames jamais consumés de tout ce que vous avez consommé sans même le voir. Dans vos errances sans fin, celles que vous avez débutées au premier jour, à la première seconde, dans vos marches euphoriques et vos courses accablées, vous les aviez croisées, la chair encore chaude et les os bien cachés, vous les aviez croisées et vos yeux avaient glissé sur elles, vos regards n'avaient rien perçu de ce battement horriblement terminable en elles, vous les aviez croisés comme en croisiez d'autres, et là, dans l'absence de sommeil et la pâleur des rêves, elles vous sont revenues avec leurs bras hagards, décharnées, affreuses de distance et de fragilité, sans que rien ne les retiennent ici, rien de tangible, rien de compréhensible. Et vous voilà, vous-même, aussi frêle avec vos cernes effroyables et vos vrais sanglots, à regarder cette mémoire affolante vous sauter à la gorge et l'ouvrir sans scrupules, vous faire couler hors de vous jusqu'à ce que vous, vous tarissiez, que vos regrets se fanent et qu'à la fin, vous ne soyez plus que douleur, vous qui n'avez plus que vos jours pour tomber et vos nuits pour mourir...


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